« I got a heart full of pain, head full of anger » (j’ai le cœur rempli de douleur, la tête pleine de haine) chan­tait en 2003 Ches­ter Benning­ton dans Nobody’s liste­ning, titre du second album studio, Meteora, de Linkin Park. Le leader du groupe de nu-metal avait alors 27 ans, âge auquel Jim Morri­son, Kurt Cobain, Jimi Hendrix, Brian Jones, Janis Joplin, Amy Wine­house, sont décé­dés. Un tris­te­ment célèbre « club des 27 » que Ches­ter Benning­ton avait sans doute envi­sagé de rejoindre, lui qui avait révélé par le passé avoir déjà pensé au suicide.

 

« Je danse avec mes démons, je suis suspendu au bord, […] personne ne peut me sauver main­te­nant », expliquait-il ainsi dans Nobody Can Save Me, le premier titre du dernier album de Linkin Park, One More Light. Trois mois sont passés depuis la sortie de ce septième album, et le corps de l’ico­nique chan­teur de 41 ans a été retrouvé ce jeudi 20 juillet sans vie dans sa rési­dence privée à Los Angeles, se balançant au bout d’une corde.

 

Un geste pour en finir avec une vie de souf­frances durant laquelle il aura longue­ment combattu les démons de l’al­cool et de la drogue qu’un drame enra­ciné dans l’en­fance avait fait éclore ; son viol commis par un ami de la famille quand il n’avait que sept ans. Un trau­ma­tisme qu’il essayera d’étouf­fer dans l’ivresse et la défonce jusqu’à tota­le­ment perdre l’es­time de soi : « Je ne bois pas. J’ai choisi d’être sobre désor­mais. J’ai été ivre pendant les six dernières années, mais je ne veux plus être cette personne », confiait-il ainsi en 2011 dans un entre­tien accordé au maga­zine Kerrang !.

 

Une inter­view dans laquelle il revien­dra sur son viol : « Si je réflé­chis à mon enfance, au moment où j’ai été abusé, quand toutes ces choses horribles me sont arri­vées, j’en tremble. » La même année, il avait déjà évoqué ce drame dans les colonnes du Guar­dian, expliquant ne pas vouloir porter plainte contre son agres­seur : « Je n’avais pas besoin de vengeance », et de pour­suivre : « Être frappé et violé, ce n’était pas drôle. Personne ne veut que ça vous arrive, et honnê­te­ment, je ne me souviens pas de quand ça a commencé. » 

 

C’est à cette occa­sion égale­ment qu’il racon­tera le moment char­nière où tout lui est revenu, chez sa mère (qui le mit à la porte quand il avait 17 ans) en voyant une photo de lui enfant : « Et tout d’un coup, parce que j’ai moi-même des enfants, j’ai pensé: ‘C’est à ça que ça ressemble.’ Et je me suis souvenu. Mon Dieu. Je me suis souvenu de ce qu’il m’était arrivé à ce moment-là et même en y pensant aujourd’hui, j’ai envie de pleu­rer. J’étais telle­ment petit, plus petit que ce que je pensais. Mon Dieu. Ce n’est pas éton­nant que je sois devenu un junky. Ce n’est pas éton­nant que je sois devenu fou pendant un moment. »

 

Fils de parents divor­cés quand il n’a que 11 ans, Ches­ter Benning­ton vit son adoles­cence sous l’em­prise des  joints, de la cocaïne, de la métham­phé­ta­mine et du LSD. « Je me sentais mieux quand j’étais comme ça. Je me sentais plus en contrôle de ma vie, de mon envi­ron­ne­ment, quand j’étais saoul ou sous hallu­ci­na­tions. », dira-t-il au maga­zine Rolling Stones

 

Une vie à tenter de se recons­truire qu’il analy­sera clinique­ment au site Rock Sound en mars dernier : « Si ce n’était pas pour la musique, je serais mort. C’est sûr à 100%. » Deux mois après cet aveu, son ami le chan­teur de Sound­gar­den Chris Cornell, se suicide ; cela Ches­ter Benning­ton ne le surmon­tera pas. « Je ne peux pas imagi­ner un monde sans toi », écrira-t-il à la fin d’un long message posté sur Twit­ter, le 18 mai dernier. Le chan­teur de Linkin Park s’est donné la mort le jour de l’anni­ver­saire de cet ami si précieux qui aurait eu 53 ans ce 20 juillet. Ches­ter Benning­ton était le père de six enfants.

 

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