Le jour où Johnny Hallyday a demandé la main de Laeticia, par Jean-Claude Jitrois

Le créateur de mode Jean-Claude Jitrois se souvient de son ami Johnny Hallyday, mort dans la nuit de mardi à mercredi à l’âge de 74 ans.

J’ai rencontré Johnny pour la première fois au Golf-Drouot en 1963. Nous avions le même âge, je vais fêter mes 74 ans dans quelques jours. A l’époque j’étais étudiant en psychologie à la Salpêtrière. Le Golf-Drouot, c’était l’endroit où il fallait être, dans les années soixante. Là où tout se passait. Johnny chantait et ce jour là Pierre Desgraupes, le pionnier de l’ORTF, était venu le filmer pour « Cinq colonnes à la Une ». J’étais dans le public, ils m’ont interviewé pour l’émission, puis Desgraupes m’a présenté Johnny. C’était le début de son immense carrière, il était d’une incroyable beauté, charismatique, et semblait avoir un peu le tournis de tout ce qui lui arrivait. Nous nous sommes perdus de vue avant de nous recroiser dans les années 80. J’émergeais alors en tant que couturier. Mes blousons commençaient à faire le tour de monde. Jean-Claude Camus qui était alors son manager m’a demandé de l’habiller. Cela a été le début d’une relation heureuse, et d’années merveilleuses.  Je concevais pour lui des costumes, des blousons, des pantalons.

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Il venait dans mon appartement de la rue de Rivoli, regardait les croquis, me disait «ça j’aime, ou ça j’aime moins». Contrairement à ce qu’on a pu penser, il n’était jamais difficile, sûrement pas capricieux, malgré la gloire et le succès. C’était un vrai rocker, friand de nouveautés, en matière de vêtements. Il était très coquet, faisait très attention à ce qu’il portait. Rien ne l’effrayait, il pouvait tout oser, il aimait avoir une longueur d’avance en matière de mode. Il était foncièrement, et par nature, un meneur, un leader. Le truc le plus fou que nous ayons fait, c’est sans doute ce blouson en croco d’un bleu assorti à ses yeux, dans lequel il avait d’ailleurs fait une Une de Paris-Match. Il avait un corps extraordinaire, qu’il entretenait à grand renfort de coachs. A une époque nous faisions chaque jour de la gym ensemble. Puis nous rentrions chez lui dans son hôtel particulier Molitor où il a vécu jusqu’au début des années 2000 pour partager une simple soupe. 

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Deux versants du personnage

De tous les moments passés avec lui, ce sont ceux-là que je retiendrais avec le plus d’émotion. Parce qu’ils montrent bien les deux versants du personnage, il y avait Johnny Hallyday, la bête de scène, le dur « en cuir » si l’on peut dire, qui se donnait à corps perdu à son public, et l’autre Johnny, ultra-sensible, d’une extrême simplicité, assez casanier, et tendre. A table, souvent en tête-à-tête, nous pouvions parler de tout, de l’actualité, de la politique, de nos familles. Johnny respectait l’autorité, il était finalement assez à cheval sur les convenances. En 1995, il avait du se faire opérer d’une hernie discale, c’était douloureux. J’allais le voir chaque jour à la clinique du Sport, il me parlait sans cesse de Laeticia qu’il avait rencontré peu de temps auparavant aux Etats-Unis. Je sentais bien qu’il était sous le charme. Il sortait d’une expérience sentimentale difficile avec Adeline, réfléchissait Puis nous sommes tous partis ensemble à La Lorada, sa propriété de Saint-Tropez.  Et c’est ainsi qu’un soir, Johnny m’a prié d’aller pour lui demander la main de Laeticia. C’était étrange puisque nous étions tous les trois sous le même toit. C’était Johnny…

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Alors je l’ai fait, entraînant l’adorable Laeticia avec moi dans un coin du grand jardin. Elle a dit « oui » bien sûr, puis elle a pleuré d’émotion, et moi aussi.  Un an plus tard, en 1996, ils se mariaient. Laeticia m’avait demandé d’être son témoin. Elle était habillée par mes soins, d’une petite veste et jupe de cuir bleu ciel. Ce fut un autre moment extraordinaire. Je n’oublierais jamais le discours de Nicolas Sarkozy, alors maire de Neuilly-sur-Seine, reprenant les chansons de Johnny qu’il connaissait par cœur. Puis, fidèles à Johnny, nous nous sommes retrouvés à une dizaine pas plus, pour un dîner très intime dans un restaurant du XVIème arrondissement. Au détour des années 2000, quand il a pris le chemin de L.A, nous nous sommes à nouveau perdus de vue. Mais il est resté mon idole «for ever ».

Je n’oublierai jamais ces sages leçons de vie dispensées devant nos simples bols de soupe. Quand Johnny me disait : « Je n’aime que le moment présent, et le reste ça m’emmerde… »  ou «après tout ce que j’ai vu et vécu en amour, j’ai appris que la vie est faite de compromis et d’oublie ».

 

 

 

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