France Gall: une vie entre mer calme et tempêtes

« Michel, à qui on demandait un jour pourquoi il m’avait épousée, a répondu : “Pour sa force.” » disait France Gall. Il en fallait pour être une vedette de 16 ans qui se produisait sur scène plutôt que d’aller en surprise-partie. Il en faudra pour refuser le rôle qu’on voulait continuer à lui faire jouer, à 20, quitte à affronter une traversée du désert. Puis pour remonter sur scène après la disparition de Michel Berger, son amour, son allié. Il en faudra enfin pour survivre à la mort de leur fille, Pauline. 

Le 9 décembre, son absence avait interpellé. France Gall n’avait pas pris place dans l’église de la Madeleine pour les obsèques de Johnny. Elle était pourtant une intime du rockeur, le seul pour qui elle accepta en 2000 de remonter sur scène après avoir dit qu’elle ne chanterait plus jamais. Mais non, ce jour-là, France était exténuée. Depuis deux ans, elle se battait contre la récidive de son cancer du sein. Les premières alertes sont apparues peu de temps après la première de « Résiste », la comédie musicale dédiée à Michel Berger qu’elle avait patiemment mise sur pied entre 2012 et 2015. Pour que le répertoire de Michel vive, elle tenait absolument à le transmettre à la jeune génération. Elle avait suivi toutes les étapes de la création : du livret à la mise en scène, en passant par les lumières, les costumes, jusqu’aux ultimes réglages le jour de la première. C’était son cadeau à Michel plus de vingt ans après sa mort, sa manière à elle de le ramener une fois de plus parmi les vivants.

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Mais les attentats du 13 novembre 2015 brisent le destin parisien du spectacle. Le soir même, le Tout-Paris est dans la salle pour la générale du show. Dès les premières alertes, le public sent que quelque chose ne tourne pas rond. A l’entracte, une bonne partie de l’assistance s’en va. France comprend mais souffre en silence. Et si le public l’avait abandonnée ? « Résiste », heureusement, vivra une belle carrière en province dès 2016 et rassemblera plus de 350 000 spectateurs. Mais cette fois France n’est pas là pour le voir. Elle doit se rendre à l’Hôpital américain de Neuilly pour des examens complémentaires. Seule une petite dizaine de personnes est mise dans la confidence du mal qui la ronge. « Elle n’en parlait pas, raconte Thierry Suc, le producteur du spectacle. France était d’une immense pudeur par rapport à cela. Il y avait d’un côté son énergie pour le show, et sa maladie, qui était privée. » Pour tous les autres membres de l’équipe, il s’agit d’une « infection sévère ». Pas de quoi s’alarmer outre mesure, malgré son visage aminci. Une fois remise sur pied, elle retrouve sa troupe avec bonheur, la cajole de son regard maternel, râle contre les infimes détails qui ne vont pas, la performance un peu en deçà de tel ou tel chanteur. Et finit toujours par partir dans un grand éclat de rire. Un rire enfantin, chaleureux, qui rassure, un rire fort qu’elle a enfin retrouvé.

Devant la maison de Pourrain, avec Robert Gall, son père. © FRANÇOIS PAGES/PARIS MATCH

Car France Gall aura passé une bonne partie de sa vie à défier l’existence, à affronter des tempêtes peu communes. Seule une sacrée force de caractère a pu lui permettre de les traverser. Son père, Robert, compositeur, qui signe en 1963 « La mamma » pour Charles Aznavour, est persuadé que sa fille possède une voix pas comme les autres. Il l’encourage à chanter. Isabelle (son vrai prénom) refuse, elle a bientôt 16 ans, adore ses deux frères Philippe et Patrice, des jumeaux, et grandit dans une bonne famille en petite fille modèle. « L’enfance, nous racontait France, c’étaient les vacances à Vallauris, où je voyais Picasso peindre tous les jours, et la grande maison de famille que nous possédions à la campagne, où tout le monde se retrouvait. » Robert l’a surnommée « le petit caporal ». Un rôle qu’elle prend au pied de la lettre, ne s’en laissant pas conter par les garçons. Mais pour faire plaisir à son paternel, elle l’accompagne à Bruxelles, pour découvrir Aznavour sur scène. En coulisses, Charles lui parle : « Essaie au moins de chanter, ne serait-ce que pour ton père… » Alors Isabelle obtempère, découvre son premier studio d’enregistrement. Seul hic, au moment de signer le contrat, pas question de faire de l’ombre à Isabelle Aubret, la vedette du moment. Babou devient France pour l’éternité.

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Devant le manque d’enthousiasme provoqué par son premier disque, Denis Bourgeois, son directeur artistique fait appel à Serge Gainsbourg, un auteur-compositeur-interprète encore confidentiel, en manque de succès. Gainsbourg a l’oreille tournée vers l’Angleterre et l’Amérique. Contrairement à Françoise, Sylvie ou Sheila, il n’est pas question d’adapter les tubes anglo-saxons, mais bien de composer un répertoire entièrement nouveau. Gainsbourg va marier finement les plus belles mélodies pop à la voix claire, presque pure, de sa protégée. Il y aura « Laisse tomber les filles », « Attends ou va-t’en » et surtout « Poupée de cire, poupée de son », choisie pour représenter le Luxembourg au concours de l’Eurovision de 1965. France fréquente alors Claude François, jeune vedette comme elle, et pas toujours rassuré par le succès de sa fiancée. Volontiers jaloux, Claude aime la lumière plus que les autres, et vit mal cet épisode. Le 20 mars 1965, quand France remporte le concours, elle fonce sur le premier téléphone disponible pour le prévenir de sa victoire. « Je te quitte », lui lance-t-il en guise de félicitations. Sonnée, France ravale ses larmes pour interpréter une nouvelle fois sa chanson. Le public y voit l’émotion du vainqueur. C’est son premier chagrin d’amour. « J’ai très mal vécu ces premières années. J’ai été à la fois applaudie et attaquée. Quand on est une enfant, on ne retient que les coups de griffes. J’étais traumatisée par les filles qui m’insultaient dans la rue », nous dira-t-elle quarante ans plus tard, balayant cette époque.

En 1967, France prend pourtant son destin en main. Elle plaque Claude, qui écrit « Comme d’habitude » pour se venger. En réalité, France, qui n’a pas encore 20 ans, a déjà compris qu’elle avait besoin d’un alter ego en qui elle pouvait avoir une totale confiance. La jalousie, les mesquineries, très peu pour elle ! Et il est temps de vivre aussi. Ces quatre années sont passées comme un éclair. Elle a encore le goût amer des « Sucettes » de ce coquin de Gainsbourg, dont elle n’a pas vu le sens réel. Alors pourquoi ne pas mettre sa carrière un peu en suspens pour profiter de son statut ? « Je n’étais pas en harmonie avec ce que j’interprétais, ce qui est assez terrifiant… Même si Gainsbourg m’a fait don de quelques subtilités de sa plume… Je ne sais pas faire de cinéma, alors chanter des mots qui ne me convenaient pas… Je n’ai jamais su être autrement que moi-même. »

Mars 1972. Après un concert, Julien Clerc retrouve sa mère (à sa gauche) et France Gall chez Bocuse, devant un saumon. France Gall s’est affublée d’une perruque pour passer incognito ! © Jean TESSEYRE/PARISMATCH

En 1969, elle assiste à une représentation de la comédie musicale « Hair » au théâtre de la Porte-Saint-Martin. Elle tombe folle amoureuse de Julien Clerc, qui tient le rôle principal de cette aventure avant-gardiste. Chaque soir, elle l’attend dans sa Porsche à la sortie des artistes. Julien finit par céder… Mais leurs carrières ne vont pas à la même allure. Julien vogue de succès en succès quand France va d’échec en échec. « En 1971, j’ai touché le fond en faisant un roman-photo avec mes frères, commentera-t-elle. L’étape suivante, c’était le film érotique… » Mais son couple lui permet de rester dans l’actualité. Avec Julien, elle pose pour « Mademoiselle âge tendre », raconte son amour et son quotidien aux lectrices avides de confidences. « Nous étions jeunes, raconte Julien Clerc. J’étais un peu inconscient, en ce temps-là… Je ne faisais pas vraiment attention à sa carrière. Moi, je traçais. Nous étions deux personnes connues, du même âge. “Salut les copains” nous a pris en main et nous avons fait quelques sujets charme, dont un voyage à Marrakech. Notre histoire est un joli souvenir… » Mais Julien est un garçon posé, calme, qui aime la vie à la campagne, un peu à l’opposé de Babou. D’autant que France a trouvé une nouvelle maison de disques, Warner, que vient de lancer Bernard de Bosson en 1971. Si ses disques continuent à ne pas marcher, Bosson croit en elle.

D’autant qu’en 1973, France découvre à la radio la chanson « Attends-moi », de Michel Berger. La messe est dite. C’est avec lui qu’elle veut travailler. Alors elle se lance. Elle le croise lors d’une émission de radio à Europe 1 et lui soumet ses prochaines chansons. « J’aimerais avoir ton avis. » Atterré, Berger décline toute collaboration. Mais France s’accroche et se retrouve choriste de « Mon fils rira du rock’n’roll », un morceau de Michel. Cette fois Berger craque et lui propose enfin d’écrire pour elle. Michel sort à l’époque d’une rupture douloureuse. Véronique Sanson lui a fait le coup du paquet de cigarettes. Elle a quitté leur domicile parisien pour soi-disant aller acheter des cibiches, mais s’est en fait envolée pour les Etats-Unis rejoindre Stephen Stills. Sans prévenir, sans laisser de mot. Berger est dévasté et écrit des chansons tristes pour commuer sa peine. Quand il fait entendre à France « La déclaration d’amour », elle s’en saisit comme d’une bouteille à la mer. « C’est pour moi. C’est moi qui vais la chanter. » Berger laisse faire et, très vite, leur collaboration musicale devient amoureuse. « C’est comme si j’avais passé cinq ans à l’attendre », dira-t-elle. France quitte Julien qui, à son tour, compose une bouleversante chanson de rupture, « Souffrir par toi n’est pas souffrir ».

Michel Berger et France Gall en duo pour l’émission « Numéro 1 » en mai 1976. © Getty Images

Mais France ne regarde pas en arrière. Au contraire, elle a trouvé un nouveau Pygmalion. Elle en est persuadée, « ce sera lui ou personne ». Pendant près de vingt ans, le couple Berger-Gall va dominer la chanson française. Mais, contrairement aux années 1960, France ne jouera plus jamais la carte du couple pour vendre sa musique. « Il y avait déjà Stone et Charden, nous ne voulions pas être France et Michel. Mais derrière les caméras nous étions inséparables. » Elle jette son dévolu sur une maison russe du XVIe arrondissement, où le couple s’installe peu après son mariage, en juin 1976. Michel convainc France de remonter sur scène en 1978. Pour frapper les esprits, la chanteuse est entourée uniquement de musiciennes, histoire de donner un ton féministe à l’affaire. Elle donne naissance à Pauline, leur premier enfant, la même année. « Là, je vis mon rêve absolu : devenir maman. Ma vie s’est mise en place. Du coup, je ne ressentais plus cette légèreté désagréable. Là, j’étais un être humain qui se réalise. » France tente de concilier son rôle de mère avec sa carrière de chanteuse. Car, six mois après l’arrivée de Pauline dans le foyer, le couple s’est lancé dans « Starmania », leur comédie musicale, où France tient le premier rôle aux côtés, notamment, de Daniel Balavoine. « J’ai dû voir Pauline cinq minutes en six mois », admettra-t-elle, confuse. Raphaël naît en avril 1981, peu de temps avant l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République.

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J’ai ressenti quelque chose de violent dans mon corps à la mort de Michel

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Cette fois, France veut ralentir le rythme pour se consacrer à sa famille. Il n’en sera rien. « C’est la décennie de la fête ! Nous rencontrons plein de gens, nous invitons plein de monde, nous vivons dix vies en dix ans. » Elle va enchaîner albums et tournées avec un succès de plus en plus immense, se produisant trois semaines d’affilée au Zénith de Paris, pendant que Michel donne un coup de fouet à la carrière de Johnny Hallyday. France devient un modèle pour les femmes, s’engageant pour l’Afrique, participant à de nombreux combats humanitaires et militant à gauche, oubliant son passage dans les jeunesses giscardiennes en 1974. Mais peu importe, France Gall et Michel Berger occupent l’espace musical, laissant peu de place à leurs concurrents… Ils sont dans l’action et ne voient pas le temps filer. Au point de le regretter. Fin 1988, après un « Tour de France » phénoménal, elle décide de s’arrêter. Cette fois, il est temps de s’occuper des enfants. « Je trouvais que ça suffisait. J’étais fatiguée. Et j’avais de gros soucis de santé, liés à ma fille. Je ne voulais plus m’éloigner d’elle, je voulais être disponible. » Pauline est atteinte de mucoviscidose. Le travail a été leur réponse au mal de leur aînée. Mais Pauline a besoin de soins, d’amour et d’attention. Alors France, au grand dam de Michel, estime qu’il est temps de se consacrer à la vraie vie. « Michel n’a pas compris sa décision sur le moment, estime ce proche du couple. Il avait besoin de créer, d’écrire, de chanter pour conjurer le sort. Mais France était très sûre de son choix. Il n’a jamais réussi la faire changer d’avis. »

En 1979, juste avant d’entrer en scène, au Palais des Congrès, pour leur opéra rock « Starmania ». © JACK GAROFALO/PARISMATCH

Le couple traverse alors une zone de turbulences. Michel s’éloigne souvent en Californie pour ses propres albums, vit sa vie à son rythme. France emmène les enfants au Sénégal, où elle finit par acheter une maison en 1990. Mais, pour Michel, elle accepte de retourner en studio. « Ce sera un disque ensemble », lui dit-elle. Berger se met au travail, va vers des sonorités nouvelles pour la surprendre. France adore le résultat et propose même une tournée commune, prévue entre 1992 et 1993, dont des concerts à Paris-Bercy. A la sortie de « Double jeu », le couple s’est retrouvé d’abord grâce à la musique. Mais aussi pour les enfants. Ils décident de passer l’été à Ramatuelle, non loin de chez Johnny. Et c’est là que Michel décède brusquement, le 2 août, d’une crise cardiaque après une partie de tennis. Il n’avait pas 45 ans… Effondrée, déboussolée, France décide que la seule manière de lui rendre un hommage à la hauteur de son talent est de continuer à le chanter. Alors oui, elle ira à Bercy, seule. Pour surmonter sa peine.

Mais, le 22 avril 1993, elle est opérée en urgence d’un cancer du sein. « J’ai ressenti quelque chose de violent dans mon corps à la mort de Michel », dira-t-elle pour tenter d’expliquer sa maladie. Elle triomphe évidemment sur scène et va rester près de trois ans sur les routes, donnant régulièrement rendez-vous au public pour chanter l’être aimé. « Le public m’accompagne, mais la musique me console. Je ne l’ai jamais autant aimée qu’à ce moment-là. C’était aussi apprendre à ne plus avoir le regard de Michel », confiera-t-elle sur cette période. Mais la santé de Pauline décline. Comme souvent, France cache ses drames intimes. Elle ne parle que de son goût pour la vie et pour la lumière du jour, de son besoin d’action. « Je comptais m’arrêter pour m’occuper de mes enfants. Ils avaient besoin de moi, ils avaient vécu un certain nombre d’épreuves, la mort de leur père, mon cancer du sein, que j’ai volontairement rendu public. J’avais envie d’être encore plus à leurs côtés. Puis j’ai vécu le deuil de Pauline. » La jeune fille s’éteint le 18 décembre 1997. « A la mort de Michel, j’ai eu besoin de chanter. Avec celle de Pauline, j’ai eu besoin de silence. » France entre dans une longue période d’ombre. « Je ne me suis jamais coupée du monde. Je me suis créé un monde dans lequel je me sens bien, celui de la douceur et du silence. » Une bulle qui se trouve rue Monceau à Paris, un chaleureux triplex aux murs couverts de peintures africaines et où trône le piano de Michel.

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Avec Michel, j’ai eu le meilleur. On me propose des choses, mais rien n’arrive à la cheville de ce qu’il pouvait faire

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Elle reste fidèle à sa ligne : ne rien dire, ne pas se plaindre, ne pas remuer les souvenirs douloureux. Et s’envole dès que possible pour Ngor, où elle vit à l’africaine, adoptant même les vêtements amples des femmes sénégalaises. France est prête à s’effacer de ce monde qui lui a imposé tant d’épreuves douloureuses. Jusqu’au jour où Johnny l’appelle. « Je chante à l’Olympia tout l’été, j’aimerais que tu viennes interpréter avec moi “Quelque chose de Tennessee”. » Difficile de dire non au rockeur. Alors France vient. Et France ressent une dernière fois l’émotion du public, la chaleur des gens, leurs regards tendres ; elle voit leurs larmes, aussi. Peu à peu, elle va reprendre la parole. Toujours pour parler de Michel, se livrant doucement, se refusant aux confessions les plus intimes. L’ingénieur du son Bruck Dawit est entré dans sa vie. Avec lui, elle va retrouver le goût pour l’existence, pour les sorties en couple ou entourée de ses rares amies.

A l’aube des années 2000, France a décidé de montrer son visage le plus apaisé, comme pour faire oublier une décennie de drames et de deuils. Pas question pour autant de rechanter. « Avant, mon bonheur était de voir mes enfants le soir et de les embrasser avant de me coucher. Depuis, j’ai besoin de phases de vide, pour mieux me remplir. Avec Michel, j’ai eu le meilleur. On me propose des choses, mais rien n’arrive à la cheville de ce qu’il pouvait faire », nous dit-elle en 2009. Elle passe des heures devant la télé, connaît tous les programmes, donne son avis sur le monde, prépare pour ses copines des dîners qui se terminent tard dans la nuit. « Il fallait toujours que la table soit la plus colorée possible, se souvient Thierry Suc. France ne menait pas une vie en noir et blanc. Au contraire, la lumière de l’Afrique était imprimée en elle. » Elle répond présent quand il s’agit d’évoquer son passé. Emissions spéciales, coffrets, rééditions, elle se plonge dans leur œuvre commune avec le besoin absolu de la faire vivre. Et quand les commémorations approchent, elle bombe le torse. Elle est la première à râler contre l’utilisation par la « Star Academy » de la chanson « Musique », la première à s’opposer à l’album de reprises de ses chansons par Jenifer, « qui ne m’a pas tenue au courant de son projet ». Alors France prend les choses en main et se lance dans l’aventure « Résiste ». « C’était son cheval de bataille, note Thierry Suc. Elle seule savait ce qu’il fallait faire, elle s’est impliquée à 200 % pour faire vivre leur répertoire. Mais jamais elle n’a confié que chanter lui manquait. »

France est donc restée fidèle à l’homme qu’elle a tant aimé. Depuis un an, elle s’était retirée de nouveau sur son île au Sénégal. Mais il a fallu revenir à Paris à l’automne pour affronter la maladie. Elle est entrée le 19 décembre 2017 à l’Hôpital américain. « La souffrance n’existe plus, disait-elle à propos de son parcours parmi les vivants. La vie m’a joué des tours, mais je ne suis pas passée à côté d’elle. J’ai eu de grands moments de joie et de bonheur. » Dans ses derniers jours, France Gall parlait encore de ses projets, de ses envies de voyages, de ce qu’il faudra faire avec l’œuvre de Michel. Elle préparait un deuxième volet de « Résiste », songeait au retour à Paris de « Starmania ». Battante jusqu’au bout. Evidemment. 

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