Que faut-il retenir de l’interview d’Emmanuel Macron ?

Nicolas Sarkozy avait choisi l’omniprésence médiatique. Jacques Chirac, quant à lui, la rareté de la parole présidentielle. Pour ses premiers pas à l’Élysée, Emmanuel Macron semblait s’inspirer du dernier, attendant près de cinq mois avant d’accorder sa première interview. Avec deux entretiens télévisés en moins d’une semaine, le président de la République a troqué la sacralité chiraquienne pour la régularité sarkozyste. D’aucuns pourraient invoquer le « en même temps » macronien pour justifier ce changement de style, c’est pourtant un lourd contexte social (retraités, cheminots, étudiants) qui a poussé Emmanuel Macron a grimper sur le ring médiatique et expliquer son cap, droit dans ses bottes.

  • Frappes en Syrie

Loin de l’innocence de l’école primaire de Berd’huis, Emmanuel Macron s’installait dimanche dans un décor bien plus solennel et emblématique : le palais de Chaillot, qui a notamment accueilli le siège de l’ONU à partir de 1948. L’entretien s’est d’ailleurs ouvert sur les frappes en Syrie effectuées conjointement samedi matin par la France, les États-Unis et la Grande-Bretagne après l’utilisation d’armes chimiques par le régime de Bachar el-Assad dans la Ghouta orientale. « L’opération a été parfaitement conduite, de manière remarquable. C’est le professionnalisme de nos militaires, de nos équipements », a souhaité rappelé le président, avant de détailler : « trois sites de production et de traitements d’armes chimiques ont été visés : un site de manière conjointe avec les forces américaines et britanniques, un autre par les Américains, le troisième par les Français. Nous avons réussi l’opération militaire. Les capacités d’armes chimiques ont été détruites et il n’y a eu aucune victime ». Voilà pour la mission militaire, mais quid de sa justification ?

Car devant Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel, Emmanuel Macron a martelé : « la France n’a pas déclaré la guerre au régime de Bachar al-Assad ». Et de justifier les frappes, malgré l’absence d’un mandat de l’ONU : « cette décision a été prise, sur le principe, dès dimanche dernier, après les premières identifications d’armes chimiques dans la Ghouta orientale en Syrie. Elle est conforme aux engagements que nous avions pris. Nous avons obtenu par nos services et les services de nos alliés des preuves que des armes chimiques avaient été utilisées. Nous avons obtenu la preuve que ces armes pouvaient être attribuées au régime syrien ». Invoquant « la pleine légitimité internationale » pour intervenir, le chef de l’État a accusé la Russie « d’avoir construit méthodiquement l’incapacité de la voie internationale contre les armes chimiques ». « Les Russes sont complices », a-t-il même abondé.

  • Convergence des luttes

SNCF, Cheminots, mobilisation étudiante, colère des retraités, Notre-Dame-des-Landes… C’est l’autre front – social, celui-ci – sur lequel le locataire de l’Élysée a longuement été interrogé. De « coagulation » ou de convergence des luttes il n’y a pas, a-t-il dit en filigrane : « le mécontentement des cheminots et des étudiants n’est pas celui des hôpitaux. Celui-là est lié à une situation installée depuis des années », a-t-il insisté avant de viser les zadistes : « la colère de ces gens-là, qui continuent à protester malgré l’abandon du projet, n’est pas légitime. Et elle n’a rien à voir avec celle de cheminots ». Récusant toute privatisation de la SNCF, il a confirmé la création « d’une société privée à capitaux publics » et a annoncé une reprise « partielle » de la dette par l’État dès 2020.

Au retraités, à l’inverse, son message fut le même que celui délivré jeudi au 13H de TF1 : « Oui, on leur a demandé un effort, un effort intergénérationnel, pour rendre le travail plus rémunérateur ». C’est d’ailleurs sur la solidarité qu’Emmanuel Macron s’est épanché. Révoquant à plusieurs reprises l’étiquette de « président des riches », voire s’en agaçant, il s’est dit tout autant de fois « à l’écoute », assurant « faire attention » et jurant que certaines colères et inquiétudes étaient « légitimes », y compris celle des cheminots. Ferme vis-à-vis des zadistes et des étudiants, il pris la défense des professionnels des hôpitaux publics « poussés à bout » après « plusieurs décennies de défaillances collectives ». Une situation sous tention qui n’est pas sans rappeler celle dans les maisons de retraites. Et cette question : comment financer la dépendance ? Le président de la République a ainsi considéré qu’une deuxième journée travaillée, non-payée, était « une piste intéressante », mais il est surtout aller plus loin, évoquant la création éventuelle d’une cinquième branche dans la sécurité sociale : « Un nouvel âge de la vie est en train de se construire : celui de la dépendance. Au début de la vie comme à la fin de la vie, c’est la collectivité nationale qui va devoir la financer ».

  • Le port du voile

Questionné sur la place croissante de l’Islam en France, Emmanuel Macron a constaté que « plusieurs concitoyens ont peur de ce fait nouveau (…) qui se nourrit d’un fait que nous devons regarder en face : l’islamisme radical ». Pour lui, le « travail de reconquête » dans certains quartiers est l’un « des plus grands défis de notre nation », notamment contre l’endoctrinement contre lequel « il faut être intraitable, car c’est une lèpre de la société », a-t-il indiqué avant d’ouvrir la discussion sur le port du voile : « je respecte la femme voilée, mais je veux être sûr d’une chose, c’est que c’est son choix. (…) Nous devons le tolérer » mais il estime qu’il « insécurise » et qu’il n’est « pas conforme à la civilité » de la société française, ni « au rapport entre hommes et femmes ». S’il s’est dit « pas spécialement heureux » que des femmes l’arborent, il a balayé du revers de la main toute loi pour l’interdire dans l’espace public. Le fameux « en même temps », encore et toujours.

  • Le livre de François Hollande

Il ne l’a « pas encore lu », mais il le fera « sans doute ». Quand ? « Un jour ». « J’ai du respect pour François Hollande, il a sa part de vérité. Il a été le président de la République et j’ai été son conseiller, puis son ministre », a-t-il rappelé avant de livrer : « quand j’ai eu des désaccord en tant que conseiller, je suis parti en ne demandant rien. Puis j’ai été rappelé comme ministre. Moi, je ne prends pas les ministre pour des obligés (…) et j’ai assumé des désaccords. Je peux regarder en face tout ce que j’ai fait ». Et d’assumer : « quand on a un désaccord fondamental et qu’on croit en son pays, on peut prendre tous les risques. C’est ce que j’ai fait ».

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